Métropolitique 2 : L’oubli des femmes

Occultation des femmes dans la langue française…

Je m’en rappelle, ou plus précisément, je m’en suis fait rappelle, un des premières leçons du français, par maman qui m’a appris la langue par-ci par-là dans mon enfance ou par la première professeure de la francisation au centre du SFCGM : 

Les pronoms personnels. Comment on s’adresse à l’un l’autre. Alors le premier « tissu » qui forme cette nouvelle « langue », au moins pour nous, les personnes étrangères, les immigrant·es non-francophones au Québec, est relationnel. La parole commence par l’établissement de la position de le·la locuteur·rice par rapport à la communauté que l’on adresse.

Comme individue, une femme se fait reconnaître par « elle ».

Comme une partie d’un groupe, elle se dissipe parmi « ils » au moment où un homme arrive dans la salle pleine des femmes, dirait Suzanne Zaccour, une des autrices féministes rédigeant Grammaire pour un français inclusif, le livre duquel je m’inspire énormément et à partir duquel l’idée pour ce récit se manifeste.

Ça, le fait que l’on nous apprend cet oubli qui se transforme en une manière naturelle de la parole française, me dérange obstinément depuis le début de mon parcours d’apprentissage.

Dans ma tête, je demande toujours aux autres étudiant·es dans le cours de francisation : Pensez-vous pas que c’est problématique ? C’est problématique parce que l’on est tel programmé à mettre ailleurs facilement la présence des femmes dans les discours.      

Aussi, la mise en adjectif féminin, pour la plupart de mes ami·es francisation, présente un problème de prononciation. Le fait est que, la transformation d’un mot ou d’une qualité en féminin exige un effort additionnel que celle en masculin. Nous nous faisons apprendre que l’on commence par le masculin, qui est considéré comme la racine. Après, on rajoute plus des lettres pour bien prononcer le féminin et par extension, la présence des femmes. Par exemple, je dirais « je suis vietnamien », comme un cis-homme, mais mon amie, Uyên, une cis-femme, dirait « je suis vietnamienne ». Bien que les deux façons de la parole soient égales par rapport au sens, nous, les étudiant·es de la langue, nous faisons apprendre qu’il y a un ordre, une hiérarchie. Les lettres « ne » à la fin de l’adjectif sont considérées comme un rajout, pas une partie au sein du mot entier. La parole demande aux parleux·euses à plus prononcer pour que les femmes se fassent étendre.  

Je me demande ce qu’il arriverait si l’inverse était la norme : que l’on nous apprend le féminin en premier, et le masculin en second comme une omission à la place du premier. Autrement dit, pourrait-on penser à deux façons de formulation de la parole, le féminin et le masculin, en même temps ? Oui, avec le language inclusif, selon les autrices de Grammaire pour un français inclusif.

« Le masculine l’emporte sur le féminin.» (Grammaire pour un français inclusif)

Les femmes et les qualités féminines apparaissent plus clairement à l’écrit. Les lettres leur donnent la visibilité qui manque dans la parole. 

D’ailleurs, je me rappelle de l’émission du Journal en français facile où se retrouverait les nouvelles sur les femmes afghanes. « Les Afghanes doivent désormais couvrir leur visage lorsqu’elles sortent de chez elles et ne sont plus autorisées à faire entendre leur voix en public, comme, par exemple, chanter… La voix des femmes, c’est la voix de la justice… C’est sur la toile que de nombreuses Afghanes, en Afghanistan et à l’étranger, ont décidé de résister, comme Taiba… Taiba et toutes les femmes qui font entendre leur voix enfreignent désormais la loi sous le régime taliban.»

Au(-delà) Québec, nulle part ailleurs la collectivité féminine n’est autant visiblement mise en lumière au microscope journalistique que par l’image des femmes voilées. 

C’est quand les femmes se font murer qu’elles se nomment, se prononcent, s’apparaissent.


« Métropolitique » se réveille sous forme d’une collection de récits au carrefour de la linguistique, de la critique sociale, et de l’itinéraire spatio-temporel propulsé par le transport collectif à Montréal (et ailleurs).

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